Personne âgée : pourquoi garde-t-elle les yeux fermés ?

Fermer les yeux plus souvent devient fréquent après 75 ans, selon plusieurs observations cliniques. Ce comportement, parfois interprété à tort comme un signe de fatigue ou de désintérêt, cache souvent des mécanismes de protection contre certains troubles liés au vieillissement.

Des études récentes pointent un lien entre cette habitude et la préservation de l’équilibre, la réduction de la gêne visuelle ou la gestion de certains vertiges. Les professionnels de santé y voient un indicateur de fragilités spécifiques, qui nécessite une évaluation adaptée et des conseils ciblés pour limiter les risques de chute.

Comprendre les changements oculaires liés à l’âge

Avec le temps, l’œil se transforme et ces évolutions ne passent pas inaperçues. La cataracte, par exemple, arrive souvent en tête de liste : le cristallin devient progressivement opaque, ce qui trouble la vue, accentue la gêne face à la lumière et complique la perception du relief. Tabac, diabète et vieillissement accélèrent ce phénomène. En France, l’intervention chirurgicale reste la solution privilégiée : le cristallin est remplacé par un implant, rendant la netteté de la vision.

La DMLA, ou dégénérescence maculaire liée à l’âge, attaque la macula au centre de la rétine. Résultat : la vision centrale s’amenuise, des taches sombres gênent le regard, distinguer les couleurs devient ardu. Deux variantes existent : l’une sèche et lente, l’autre humide, plus agressive, parfois traitée par des injections dans l’œil. L’hérédité et le tabac augmentent la probabilité d’être touché.

Le glaucome est à surveiller de près. Cette maladie silencieuse grignote le nerf optique à cause d’une pression élevée dans l’œil. La vision périphérique s’efface peu à peu, pouvant mener à la cécité sans traitement. D’où l’intérêt de contrôles ophtalmologiques réguliers et d’un traitement par collyres ou chirurgie quand c’est nécessaire.

La presbytie n’épargne pas non plus les plus âgés : le cristallin perd en souplesse, la lecture de près fatigue davantage, lunettes ou chirurgie peuvent alors offrir un précieux réconfort.

Voici les principaux signaux qui doivent attirer l’attention :

  • Vision floue, altération de la perception des couleurs, baisse des contrastes, douleurs oculaires : ces signes d’alerte ne sont jamais à ignorer chez la personne âgée.
  • Il faut garder à l’esprit que toutes ces altérations visuelles ont un impact direct sur la santé globale et l’autonomie.

Pourquoi certaines personnes âgées gardent-elles les yeux fermés ?

Un visage fermé, des paupières baissées, ce comportement intrigue et inquiète parfois l’entourage. Pourtant, il s’agit souvent d’une réaction à une fragilité physique ou psychique. Plusieurs troubles locaux peuvent expliquer cette attitude. La blépharite, inflammation chronique de la paupière, s’accompagne de rougeurs, démangeaisons et sécheresse qui poussent à fermer les yeux pour soulager la gêne. L’orgelet, infection douloureuse, provoque un gonflement qui rend la fermeture de l’œil quasi inévitable.

Mais il arrive que ce retrait traduise un malaise plus global. Face à un syndrome de glissement, la personne âgée se coupe du monde, refuse de manger, s’isole, ferme les yeux comme pour s’abriter d’un environnement devenu trop dur à affronter. Cette situation survient souvent après une maladie aiguë, une chute, un deuil, ou la perte de repères. Elle marque alors une perte d’autonomie sévère, pouvant mettre la vie en danger.

La dépression se lit aussi sur le visage fermé et les yeux clos, signalant parfois une profonde détresse psychique ou un isolement extrême. Ce retrait est parfois confondu avec de la fatigue ou du sommeil, alors qu’il cache une souffrance bien plus profonde.

Pour mieux cerner les causes et agir, gardez à l’esprit ces points :

  • La fermeture prolongée des yeux chez la personne âgée peut signaler des troubles oculaires locaux, mais aussi un syndrome de glissement ou une dépression sévère.
  • Maintenir un lien social, assurer un suivi médical et surveiller la santé nutritionnelle sont des axes majeurs pour éviter que la situation ne s’aggrave.

Vision, équilibre et risques de chute : un lien souvent méconnu

La vue joue un rôle décisif dans l’équilibre, surtout à un âge avancé. Dès que la vision se brouille, la marche devient incertaine, le risque de trébucher augmente. Cataracte, DMLA, glaucome : ces maladies modifient la façon dont le cerveau analyse l’espace, la lumière, les volumes. Les repères se brouillent, le sol semble moins sûr.

Un obstacle mal distingué peut suffire à provoquer une chute. Les conséquences sont parfois dramatiques : fracture du col du fémur, perte d’autonomie, séjour hospitalier prolongé, puis l’isolement social qui guette. L’équilibre ne dépend pas seulement de la force musculaire ; il repose sur une coordination subtile entre l’oreille interne, la vue et le cerveau.

Autre point à noter : les mouvements oculaires ne sont plus aussi rapides. Les saccades, ces déplacements brefs du regard qui permettent de scruter l’environnement, ralentissent avec l’âge. Le cortex frontal, chargé de lancer ces mouvements volontaires, devient moins performant, même si le cortex pariétal continue de bien fonctionner pour les saccades réflexes. Cette adaptation ne suffit pas toujours à compenser la baisse générale de la vision.

Un pas hésitant, des vertiges, des nausées : ces signes doivent amener à envisager un problème de vue chez la personne âgée. Repérer et prendre en charge ces difficultés, c’est parfois éviter tout un engrenage : chute, hospitalisation, isolement. Mieux vaut donc surveiller régulièrement l’acuité visuelle et adapter le logement en conséquence.

Homme âgé assis sur un banc dans un parc calme

Conseils pratiques pour préserver la santé oculaire et prévenir les accidents

La première étape : consulter l’ophtalmologue à intervalles réguliers. Un dépistage précoce de la cataracte, de la DMLA ou du glaucome permet d’intervenir avant que la vision ne se détériore trop. Si une prédisposition familiale ou un facteur de risque existe, le contrôle de la pression intraoculaire prend tout son sens.

Ensuite, adapter le domicile fait une vraie différence. Voici quelques mesures concrètes à envisager :

  • Soignez l’éclairage pour qu’il soit uniforme, éliminez les objets traînants au sol, installez des repères visuels bien contrastés pour mieux se déplacer.
  • Pensez à la téléassistance : elle rassure autant la personne âgée que ses proches et permet une intervention rapide en cas d’accident.

L’alimentation joue elle aussi un rôle. Privilégiez les antioxydants (légumes verts, poissons gras, fruits frais) pour préserver la rétine et le nerf optique. Les lunettes filtrantes protègent les yeux des rayons UV lors des sorties. Quant au tabac, mieux vaut s’en passer, car il accélère la dégradation des tissus oculaires.

Le maintien du lien social et un minimum d’activité physique sont à encourager. En famille ou en établissement, la vigilance de l’entourage et l’adaptation des espaces permettent de préserver l’autonomie le plus longtemps possible.

Parmi les réflexes à adopter :

  • Consulter le médecin traitant dès qu’un symptôme inhabituel apparaît.
  • Organiser le mobilier pour faciliter les déplacements.
  • Opter pour la téléassistance afin de renforcer la sécurité au quotidien.

Garder les yeux fermés, chez la personne âgée, n’est jamais un simple détail. Derrière ce geste, c’est toute une histoire de fragilités, de stratégies d’adaptation et parfois d’appels à l’aide qui s’écrit. Savoir repérer ces signaux, c’est ouvrir la porte à une meilleure qualité de vie, et peut-être, offrir à chacun la possibilité de rouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure.

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