En France, 92% des bénéficiaires de l’ACTP sont âgés de plus de 60 ans. Ce chiffre, brut et sans détour, résume la bascule silencieuse opérée depuis l’arrivée de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) en 2006. Deux allocations, une même finalité : rendre le quotidien plus vivable quand l’autonomie s’étiole. Pourtant, le choix entre ACTP et PCH n’a rien d’anodin. Il engage le confort, la dignité et l’accès à une vie la plus autonome possible pour chacun.
Plan de l'article
- Comprendre l’ACTP et la PCH : deux aides majeures pour compenser le handicap
- Quelles sont les conditions d’accès et les démarches pour chaque allocation ?
- Montants, modalités et spécificités : ce qui distingue vraiment la PCH de l’ACTP
- Quels avantages concrets pour les personnes en situation de handicap ?
Comprendre l’ACTP et la PCH : deux aides majeures pour compenser le handicap
À la base des politiques françaises sur le handicap, on trouve ce principe de compensation : donner les moyens de vivre dignement quand l’autonomie diminue. Sur ce terrain, deux aides majeures coexistent, parfois confondues : l’allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP) et la prestation de compensation du handicap (PCH). Toutes deux visent à soutenir la vie quotidienne, mais chacune emprunte sa propre logique.
L’ACTP, instaurée en 1975, avait pour but de répondre aux besoins des personnes nécessitant une aide tierce pour les actes essentiels. Son approche générale, reposant sur une évaluation globale, ne distinguait pas chaque type de besoin. La PCH, introduite par la loi de 2005, apporte un changement de dimension : cette allocation se veut flexible et individualisée. Concrètement, la PCH peut financer l’aide humaine, des équipements, l’adaptation du logement ou d’un véhicule, et y inclure les frais de transport spécifiques.
Le dispositif de la PCH s’appuie sur un plan personnalisé de compensation construit avec la MDPH, afin d’ajuster la prestation à la réalité de chacun. Ce plan tient compte des circonstances précises, qu’elles concernent les besoins à domicile ou en établissement. L’ACTP, qui demeure pour les personnes déjà bénéficiaires avant 2006, ne peut pas se cumuler avec la PCH : c’est le témoin d’un passage progressif vers une approche plus adaptée aux parcours individuels.
Quelles sont les conditions d’accès et les démarches pour chaque allocation ?
Bénéficier de la PCH ou de l’ACTP suppose de remplir des conditions claires. Pour une demande de PCH, la démarche passe obligatoirement par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Le taux d’incapacité doit atteindre au moins 80 %, ou une difficulté majeure doit rendre l’accomplissement d’un acte fondamental du quotidien particulièrement difficile. Il faut aussi une résidence stable en France. Il n’est pas exigé d’avoir moins de 60 ans au renouvellement, à condition que la première demande ait été faite avant cet âge.
Concernant l’ACTP, seules les personnes déjà titulaires continuent d’en bénéficier. Ce droit, aujourd’hui fermé aux nouveaux venus, s’applique aux situations de handicap justifiant une aide humaine soutenue et régulière pour les besoins quotidiens.
Procédure et évaluation
Pour la PCH, la démarche suit généralement ces étapes :
- Remplir un dossier comportant le formulaire Cerfa, un certificat médical et un projet de vie, à remettre à la MDPH.
- Examen du dossier par l’équipe pluridisciplinaire puis passage en commission départementale pour décider de l’attribution de l’aide.
- Évaluation détaillée des besoins selon les référentiels nationaux et élaboration du plan personnalisé de compensation.
La PCH est versée par le conseil départemental ; l’ACTP continue, elle aussi, à être gérée au niveau départemental mais le mode d’évaluation reste ancien : pas d’analyse fine ni de plan personnalisé.
Montants, modalités et spécificités : ce qui distingue vraiment la PCH de l’ACTP
Le montant de la PCH n’est jamais figé. Il varie en fonction des besoins évalués pour chaque bénéficiaire : aides humaines, matériel, modifications du cadre de vie ou frais supplémentaires. Un même plan personnalisé peut mobiliser plusieurs types de compensation, et le versement s’ajuste à la réalité du quotidien, dépassant souvent plusieurs milliers d’euros par an. Côté prise en charge : la plupart du temps, c’est 100 % pour l’aide humaine, 80 % pour les autres aides, dans la limite de plafonds bien définis.
L’ACTP fonctionne selon une toute autre logique. Son forfait, fixé nationalement, se limite à la compensation de l’aide humaine uniquement. Aucun financement d’équipements, d’adaptation du logement ou du véhicule, pas de prise en charge des frais de transport ni d’aides spécifiques sur d’autres handicaps. La couverture s’arrête là où celle de la PCH commence.
Côté souplesse, la différence est nette. Avec la PCH, le bénéficiaire peut directement employer un aidant, voire un proche, ou organiser lui-même ses prestations. Certaines aides sont cumulables avec d’autres allocations (AAH, AEEH). En revanche, l’ACTP exclut tout cumul avec la PCH, l’APA ou l’AAH : cela limite fortement les perspectives pour ses bénéficiaires aujourd’hui.
Quels avantages concrets pour les personnes en situation de handicap ?
La PCH tient sa promesse d’accompagnement « sur mesure ». Prenons le cas d’une personne en fauteuil roulant qui souhaite adapter sa cuisine, ou celui d’un parent qui doit solliciter un taxi adapté pour que son enfant scolarisé puisse rejoindre son établissement. Avec la PCH, ces besoins peuvent être évalués, quantifiés et pris en charge, tout comme l’intervention quotidienne d’un professionnel ou d’un proche engagé auprès du bénéficiaire.
Cette souplesse soutient la vie à domicile, l’accès à l’éducation et le maintien de la vie sociale. Les tâches ordinaires, se lever, s’alimenter, se mouvoir, peuvent recevoir une solution concrète, tandis que les frais restants diminuent pour la famille ou l’usager.
Deux points illustrent l’impact réel de la PCH au quotidien :
- La possibilité de rémunérer un proche aidant, mettant en lumière un engagement pourtant souvent invisible.
- L’accès facilité à des professionnels qualifiés, assurant suivi et qualité d’accompagnement.
À l’inverse, l’ACTP ne propose qu’un forfait d’aide humaine ; toute dépense supplémentaire (aide technique, modification du lieu de vie, frais particuliers) repose sur le bénéficiaire ou son entourage. Aujourd’hui, seule une petite minorité des personnes en situation de handicap relève encore de ce système, la majorité se tournant vers la PCH, bien plus adaptée à la diversité des parcours et à l’évolution des attentes.
Deux dispositifs, deux visions du handicap. La PCH répond justement à la mosaïque des besoins en matière d’autonomie ; elle accompagne le quotidien sans rien imposer, permettant à chacun de décider de ses priorités et de son organisation. Le cap a changé : face au handicap, il ne s’agit plus de s’adapter au droit, mais bien d’insuffler plus de liberté dans le choix des aides et la conduite de sa vie.


