Dermatophytose : comment reconnaître cette infection fongique cutanée ?

Chez l’adulte, une lésion cutanée persistante qui démange n’est pas toujours liée à l’eczéma ou à une allergie. Les dermatophytes, ces champignons microscopiques, peuvent infecter la peau, les ongles ou le cuir chevelu, parfois sans provoquer de symptômes immédiats. Les sportifs, les enfants en collectivité ou les personnes exposées à l’humidité y sont particulièrement exposés.

L’erreur de diagnostic reste fréquente, retardant souvent la prise en charge adaptée. Pourtant, quelques signes caractéristiques permettent d’orienter rapidement vers cette cause infectieuse, même en l’absence de contexte évident ou de facteurs de risque classiques.

La dermatophytose, une mycose cutanée fréquente mais souvent méconnue

La dermatophytose figure parmi les mycoses cutanées les plus courantes. Pourtant, elle passe souvent sous les radars : bien des gens la confondent avec l’eczéma ou le psoriasis. L’infection survient lorsque des champignons filamenteux kératinophiles, les fameux dermatophytes, s’invitent sur la peau, les ongles ou le cuir chevelu. Ils raffolent de la kératine et s’installent dans les couches superficielles de l’épiderme. Trois grands genres sont régulièrement mis en cause : Trichophyton, Microsporum et Epidermophyton.

Contrairement à d’autres mycoses superficielles, comme la candidose (imputable aux levures candida) ou le pityriasis versicolor (provoqué par Malassezia), les dermatophytoses affichent des visages variés selon la zone touchée : plaques annulaires sur la peau lisse, teigne du cuir chevelu, onychomycose des ongles, ou encore pied d’athlète entre les orteils.

Pas étonnant que le diagnostic se brouille parfois : eczéma et psoriasis peuvent imiter l’infection fongique, mais leur origine n’a rien à voir. Lorsqu’une lésion cutanée s’accroche, surtout si elle gratte ou pèle, il faut penser rapidement à une infection fongique. Un clinicien vigilant, associé à un prélèvement mycologique, mettra souvent fin à l’errance et évitera des complications inutiles.

Quels signes doivent vous alerter ? Symptômes typiques et zones à surveiller

Les dermatophytoses ne passent pas inaperçues quand on sait où regarder. Selon la localisation, les lésions adoptent des formes variées. Sur la peau glabre, la signature la plus classique : une plaque annulaire avec centre plus clair, bordure rouge et active, parfois surélevée, à l’aspect érythémateux et squameux. Les démangeaisons, souvent franches, s’ajoutent à la desquamation sur les bords.

Voici les principales zones du corps à surveiller selon le type de tinea :

  • Tinea corporis : plaques arrondies et prurigineuses sur le tronc et les membres, bordure en relief bien marquée.
  • Tinea cruris : atteinte des plis de l’aine, rougeur intense, envie de gratter, extension vers la cuisse.
  • Pied d’athlète (tinea pedis) : espaces entre les orteils, plante, parfois talon ; fissures, macération, suintements et odeur tenace peuvent se manifester.
  • Tinea capitis : cuir chevelu, surtout chez l’enfant ; plaques squameuses, perte de cheveux localisée, parfois croûtes épaisses.
  • Onychomycose (tinea unguium) : ongles épaissis, jaunâtres, friables, striés, pouvant même se décoller du lit unguéal.

La dermatophytose de la barbe (tinea barbae) cible le menton et peut ressembler à une infection bactérienne du follicule. Sur la peau, on distingue cette infection par son aspect en anneau et son extension vers l’extérieur, assez éloigné d’un eczéma ou d’un psoriasis ordinaires. Quand le doute persiste, un examen mycologique tranche la question. Toute lésion qui s’attarde, évolue ou revient après un traitement classique mérite une attention particulière.

Pourquoi et comment attrape-t-on une dermatophytose ?

La dermatophytose circule par contact, direct ou indirect, avec une source contaminée. Trois chemins principaux mènent à l’infection :

  • La transmission de personne à personne, fréquente au sein des familles, dans les clubs de sport ou à l’école.
  • La contamination par les animaux domestiques : chiens, chats, lapins ou cochons d’Inde peuvent héberger le champignon, notamment Microsporum canis.
  • La voie du sol, dite géophile : certains dermatophytes vivent dans la terre, ce qui expose jardiniers et enfants qui jouent pieds nus.

Ces champignons dermatophytes exploitent la kératine à la moindre occasion. Chaleur, humidité, macération : voilà des conditions de rêve pour eux. Les environnements collectifs comme les douches de piscine, vestiaires ou tatamis sont des lieux de transmission privilégiés pour les mycoses cutanées.

Certains contextes favorisent l’apparition de l’infection : le diabète, une immunodépression (par le VIH ou certains traitements), des troubles circulatoires ou une hygiène défaillante. La dermatophytose touche tout le monde : enfants, sportifs, personnes âgées, chacun selon ses habitudes ou ses contacts. Une vigilance s’impose dès qu’un animal montre une lésion suspecte, ou si une personne de l’entourage présente des signes caractéristiques.

Jeune homme pointant une zone de sa jambe dans un parc

Prévenir et traiter efficacement : conseils pratiques pour une peau saine

Reconnaître la dermatophytose commence toujours par un examen clinique : repérer l’aspect, la répartition des lésions, et vérifier ongles ou cuir chevelu. Un prélèvement cutané affine le diagnostic : au laboratoire, l’examen direct et la culture mycologique identifient le responsable. Parfois, la lampe de Wood met en évidence une fluorescence typique, surtout dans certaines teignes.

Si l’infection est avérée, le traitement local à base d’antifongiques (clotrimazole, éconazole, kétoconazole) s’applique sur prescription. Mais quand l’atteinte est large, qu’elle concerne le cuir chevelu ou les ongles, le médecin opte pour un traitement oral : terbinafine, griséofulvine, itraconazole ou fluconazole, selon le cas et la zone touchée. La durée du traitement varie : quelques semaines pour la peau, plusieurs mois pour les ongles.

Pour limiter les risques de récidive ou de transmission, quelques habitudes simples valent de l’or. Après la toilette, séchez bien entre les orteils, évitez de laisser macérer pieds ou mains dans des chaussures ou des gants humides. Dans les lieux collectifs, préférez les sandales sous la douche. Ne partagez ni serviettes, ni draps, ni équipements de sport.

  • Faites surveiller vos animaux domestiques à la moindre lésion suspecte : un passage chez le vétérinaire peut éviter bien des soucis.
  • Traitez toute lésion douteuse sans tarder pour limiter la propagation.

Face à une lésion qui persiste malgré les traitements habituels, ou en cas de doute avec un eczéma ou un psoriasis, mieux vaut consulter. Une surinfection bactérienne ou une perte de cheveux définitive peuvent survenir lorsque certaines teignes traînent sans solution. Rester attentif, c’est la meilleure défense : une peau saine n’est jamais le fruit du hasard.

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